La part Manquante


Septembre 2012

 

En cours d'édition.

Le projet « La part manquante » résulte d’un dialogue entamé il y a quelques mois, puis d’une collaboration avec l'artiste Yveline Tropéa. Il nous a semblé que le croisement de nos expériences, de nos regards et de nos compétences pouvait être une richesse et une force de proposition originale pour répondre à l’appel à projet d’Aubusson, créer un mobilier en tapisserie d’Aubusson.

 

L’idée de ce projet est né, dans un premier temps, d’une réflexion autour du tableau « Le déjeuner sur l’herbe » (E. Manet, 1862) : l’idée d’une manière de « s’installer dans le paysage », de s’asseoir ou de s’allonger, de manière nonchalante, pour déjeuner par exemple. De là est venue l’idée que ce type d’attitude ne se conçoit qu’en extérieur, dans l’herbe, dans un parc…Chez soi, on s’assied sur une chaise, dans un canapé, on déjeune à table…Nous avons trouvé qu’il serait peut-être intéressant d’imaginer un concept de mobilier qui permettrait cette nonchalance, pouvoir s’installer chez soi « comme si » on était dans un jardin.

Dans un second temps, nous avons réfléchi à la disposition traditionnelle de la tapisserie, sur le mur. Nous avons imaginé que cette tapisserie pourrait « glisser » du mur, comme si elle en tombait, et recouvrant ainsi les meubles, formerait ainsi une sorte de « paysage global », estompant un peu les formes et les fonctions précis des meubles, table, fauteuils ou étagères, invitant justement par ce glissement et ce recouvrement à s’installer de manière informelle, comme pour un déjeuner sur l’herbe.

 

Le projet réside donc en la réalisation de deux modules différents : une étagère et une assise, réalisés sur le même principe. Nous envisageons également un ensemble rassemblant les 2 modules en une sorte de mobilier global.

 

Les motifs développés dans la tapisserie sont inspirés de motifs floraux issus du corpus d’œuvres brodées d’Yveline Tropéa, motifs eux-mêmes inspirés de natures mortes et de tables botaniques classiques et baroques. Cette présence florale rappelle l’idée de jardin et de nature, bien que très sophistiqué. Ce motif de composition floral se développe ensuite en lignes graphiques, colorées et contemporaines. Le motif figuratif floral se trouve donc alors confronté à la trame comme « espace abstrait », côté tissé et côté non-tissé.

 

Le tapis mural figuratif se transforme ainsi en trame comme un tapis qui n'aurait pas été fini d'être tissé.

 

Le volume du mobilier n'intervient que dans la trame, c'est la « part manquante » de l'oeuvre que le spectateur va venir combler par sa présence, son action.

 

Les formes du mobilier (assise, étagères), définis par recouvrement, sont davantage des espaces en volume suggérant une fonction que des pièces de mobilier clairement identifiées.

 

L’idée de « la part manquante » réside dans la relation que l’utilisateur entretient avec l’œuvre/objet : c'est dans son action qu'il vient combler la "part manquante" de l'oeuvre. Il vient y déposer un peu de soi en utilisant les espaces (étagères et assise), y apporte son histoire, « interagit » avec l'oeuvre, et son action vient en quelque sort "compléter » l'oeuvre, la nourrir, la transformer.

En déposant ses objets sur l'étagère, en se lovant dans l'assise il s'intègre à l'oeuvre, il vient participer à l'oeuvre et apporte "sa part de lui-même".